Avec le beau temps qui revient, y'a plein d'autres choses qui reviennent aussi.
Il y a les déchets qui étaient ensevelis sous la neige et que l'on peut maintenant voir en entier.
Il y a les gars en t-shirt, parce que dans le fond, dès qu'il fait plus que zéro, pourquoi mettre un manteau?
Et il y a Johnny, mon gars des poubelles, qui refait surface, frais comme une rose. (Façon de parler, bien entendu!)
Pour ceux qui ne se souviennent peut-être pas (quoique j'en ai quand même parlé plusieurs fois...) Johnny (que j'appelais mon gars des poubelles jusqu'à ce que je sache son nom) est un gars qui (attention!) fouille dans les poubelles et ramasse tout ce qui pourrait encore servir. Qu'est-ce qu'il en fait? Je ne sais pas! Mais il a souvent le besoin de venir me montrer ses «trouvailles». Je sais qu'il s'appelle Johnny parce qu'il est aussi client du vidéo. Il loue exclusivement des films de la Fée Clochette. Rien d'autre.
Johnny est revenu me voir. Il m'a presque brisé le coeur en me snobant les 2 dernières fois qu'il a passé devant le vidéo. Mais je ne lui en veut pas, on a tous des mauvais jours.
J'aime ça quand il vient me jaser. Même si des fois il sent plus ou moins bon, il a toujours de quoi à me raconter (ou à me montrer). Et son dicton «Le monde jette leurs choux gras, ma nouère» sonne mieux que de la musique à mes oreilles.
Il est entré, avec air habituel. Un air de BS (mais ce n'est pas péjoratif dans ce cas-ci) tannant et taquin qui est énervé parce qu'il a reçu une bonne nouvelle. Il est très expressif mon gars des poubelles. Je dois admettre que son énorme mono-sourcil n'est pas étranger à ce phénomène.
«Salut ma nouère!»
Tout de suite je regarde ses mains, prête à voir et entendre l'histoire du truc qu'il a ramassé.
Déception. Ses mains sont vides.
Mais alors, pourquoi il a l'air heureux de même? Il a répondu à mes interrogations silencieuses rapidement. Comme s'il avait lu dans mes pensées. (Quand je me suis dit ça, je ne vous cache pas que j'ai eu un petit frisson de... peur. C'est le mot juste.)
«Ma nouère, t'es-tu heureuse? Ça sent le printemps!»
J'ai dit oui, même si je n'aime pas particulièrement le printemps. (Je trouve que c'est sale et que ça pu. Mais je peux pas vraiment dire ça, parce que sinon, j'ai l'air d'une rabat-joie. Mais le printemps est ma saison la moins préférée. Si on pouvait passer de l'hiver à l'été sans transition, je serais heureuse.)
Par habitude (et par paresse, j'avais pas le goût de m'obstiner ni d'expliquer pourquoi je trippe pas «printemps»), j'ai donc dit oui. Il me sourit de toutes ses dents (qui sont moins pires qu'on pourrait le croire)
«Ma nouère, le printemps, c'est le meilleur moment de l'année! Parce que ça annonce l'été! Et qu'est-ce qui arrive en été? Le 1er juillet!»
Je me suis dit «Tiens, il est fédéraliste. Je pensais pas qu'il s'intéressait à la politique.»
Je souris. Je fais ce que l'on appelle de l'écoute active. Il enchaîne.
«Le 1er juillet, le monde déménage pis ils jettent leurs choux gras! Mais moi pas cave, je vais passer derrière. Ma nouère, tu devras voir mon bécyk (j'ai pas le choix de l'écrire de même) à pédales. J'ai patenté de quoi, mais j'ai pas fini, une genre de remorque. Je vais pouvoir mettre plus de stock. Hé que j'ai hâte!!»
Honnêtement, je pense pas que se soit super safe son affaire de remorque. Mais il était tellement content, je pouvais pas péter sa balloune. Et selon lui, c'est tellement big son affaire de remorque que ça va le tenir occupé jusqu'au 1er.
On a tous déjà eu un sentiment de hâte et de crainte mélanger? Un sentiment de «ça va être drôle mais ça fait pitié»? C'est ce que j'ai ressenti.
Et j'ai ensuite fait une erreur d'AMATEUR. Je peux pas croire que j'ai fait ça. C'était tellement stupide de ma part. À croire que c'était la première fois que je travaillais (et jasais) avec quelqu'un du quartier.
J'ai dit (et vous allez tout de suite comprendre l'erreur)
«Je déménage le 1er juillet. Pis j'haïs ça déménager, j'ai tellement de stock.»
Ses yeux se sont illuminés. En 3 secondes, il avait analysé mes paroles et estimait déjà ce que j'allais mettre sur le bord du chemin. Je suis certaine qu'il a pensé à ajouter un étage à sa «remorque de vélo». Évidemment, vu qu'on jase ensemble et que pour lui, je suis «ma nouère»: on est des amis (dans sa tête, pas la mienne)
«T'habites où? Je vais passer!»
Et il part. Il était rendu à venir m'aider dans mon déménagement, appeler son frère qui a un truck pour pas que j'aille à en louer un, inviter ses amis forts pour nous donner un coup de main, dormir chez nous la veille pour être là le plus tôt possible le lendemain. Whoooooo!
Je lui ai dit que, ce que je ne gardais pas, j'allais aller le donner à l'Armée du Salut pour aider les plus démunis. Il était déçu mais il a compris. Il m'a dit que si j'avais été un homme, j'aurais pu devenir prêtre, tellement j'ai un grand coeur et que j'aime mon prochain. Et il est parti.
Je dois avouer que je me sentais un peu mal parce que, entre vous et moi, je vais mettre ce que je veux pu sur le bord du chemin. C'est tellement plus simple!
parce que?
RépondreSupprimerJ'hais ca les Cliff Hangers, parce que quoi? :(
RépondreSupprimerHahahaha! C'était pas supposé finir sur un PARCE QUE. C'était supposé finir juste sur «C'est tellement plus simple.»
RépondreSupprimerMilles excuses, j'ai corrigé le tout! :)