J'ai fait de la figuration.
Je sais, ce n'est pas très glorieux, je ne gagnerais jamais d'Oscar avec ça. Au mieux, ils vont ressortir ça à Tout le monde en parle ou aux Enfants de la télé quand je serais connue, histoire de m'humilier un peu.
Je ne fais pas ça parce que je veux en faire une carrière, je veux juste accumuler mes points UDA (et je pense que cette tâche aurait dû se trouver dans les 12 travaux d'Astérix! Câline que c'est pas faisable!)
Bref, je suis une bonne figurante (si je me base sur les 2 fois que j'en ai fait!).
Je n'en fais pas trop, je n'ai pas d'attente, ni d'attachement émotif.
Je vais là pour avoir mon chèque de paye.
Mais ce n'est pas tout le monde qui a la même vision...et j'ai pu le constater facilement (et rapidement).
Il y a les figurants trop à l'aise, qui, à les entendre parler, on participé à plus d'une centaine de télé-série et une soixantaine de films. Ils connaissent tout le fonctionnement (ce qu'ils appellent la routine), les noms des techniciens, la date de fête de la maquilleuse et plus encore. Le plateau, c'est leur maison. Ils ont des insides avec d'autres figurants (qui sont tout aussi à l'aise qu'eux), ils ont leur spot habituel dans le bar (même si c'est un FAUX bar-décor). ils parlent forts pour montrer que c'est eux les chefs, les prochaines vedettes, les king de la place.
Il y a aussi les figurants (qui en sont souvent à leur première expérience) qui pensent que ça va starter leur carrière de comédien de faire de la figuration. (Je fais de la figuration dans Yamaska, René-Richard Cyr est là. Il va me remarquer, il va faire une nouvelle pièce de théâtre et il va me demander de jouer le rôle principal! Ensuite, il va me présenter à toute la colonie artistique, et les gens vont se battre pour m'avoir!). Ils ont le soucis de bien performer, de jouer «vrai» (peu importe ce que ça veuxt dire), et essaye tout le temps de faire des contacts visuels avec les comédiens. Ils restent proches d'eux dans l'espoir de starter une conversation avec eux (et par le fait même leur carrière).
Il y a aussi ceux qui perdent tout leur naturel quand ils sont devant la caméra. Ils en font trop. Ils gesticulent comme c'est pas permis, articulent comme si on devait absolument pouvoir comprendre de quoi ils parlent (même s'ils ne font pas de sons, c'est ça le principe de la figuration: tu fais semblant de parler). Ils oublient totalement qu'ils sont en back ground (donc pas si important) et que des fois, trop c'est comme pas assez. Quand le régisseur de plateau te demande moins en faire, je pense que tu exagérais sur les mimiques.
Il y a les envieux. Eux, c'est des figurants qui gardent espoir qu'un jour leur carrière va décoller. Ils sont habitués de faire de la figuration et veulent avoir le spotlight. Ils sont jaloux de toi quand dans une prise, on te voit bien. Et par bien voir, ça veut dire te voir de dos, ou voir la moitié de ton bras derrière l'épaule d'un comédien. Ils donneraient n'importe quoi pour avoir un gros plan de leur face et leur plus grand rêve est qu'un comédien se blesse sur le plateau pour pouvoir prendre sa place.
À travers tout ça, il y a aussi les figurants comme moi: conscient que ma carrière ne se joue pas en ce moment, parce que je suis dans un faux bar dans un studio au 3e sous-sol et que même si je suis en train de jouer au pool et de boire une bière, il est juste 9 heures du matin et ça fait 9 fois qu'on refait la même game.
Qui a dit que ce n'était pas glamour, le show-business?
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