mercredi 21 décembre 2011

Je juge vite

Je suis dans le métro.
C'est l'heure de pointe.
Il fait chaud. Le métro est plein à craquer. Je porte mon manteau d'hiver et tout ce qui va avec.
Je n'ai pas de plaisir.
J'ai chaud, je suis fatiguée, mon sac est lourd.
Je sue, ma tuque est de travers, mon mascara a coulé.
Je suis debout, coincée entre une personne assise, beaucoup de gens debout et la porte du wagon.
J'essaye de lire mais je dois avouer que se n'est pas un franc succès.

Je regarde les gens autour de moi.
Ils ont soit les yeux fermés, soit ils lisent (avec plus de succès que moi), soit ils jouent sur leur ipod/iphone soit ils regardent aussi les autres passagers et quand nos regards se croisent, ils se dépêchent à regarder ailleurs.
Mais il y a un gars (un homme en fait), qui est là.
Et lui me regarde. Il ne détourne pas les yeux quand je le fixe.
Je suis mal à l'aise.

Je fais semblant de lire et de temps en temps, je lève les yeux, mine de rien, tel un ninja.
Il me regarde encore.

Entre Mont-Royal et Laurier, Laurier et Rosemont, Rosemont et Beaubien, Beaubien et Jean-Talon...il me regarde.
(Bon, je ne sais pas s'il me regarde tout le long, peut-être qu'il a pris des pauses, mais à toutes les fois où je regardais, il regardait. C'est une pas pire de coïncidence pareil, non?)
Je suis peut-être paranoïaque. Je suis peut-être une drama queen. Peut-être aussi que je regarde trop Canal D.
Mais je me suis mise à penser.
À me dire qu'il est peut-être fou, peut-être un tueur qui se cherche une victime. Peut-être que c'est un pervers ou un genre de gourou qui va essayer de m'embarquer dans une secte. Peut-être que c'est un gars qui fait du recrutement pour de la prostitution ou une sorte de Dexter qui fait erreur sur la personne.
Une chance que c'est l'heure de pointe. Il ne faut pas qu'il me suive ni qu'il voie où est-ce que j'habite.
Ça va mal finir!
Métro Jarry.

Je sors.
Je monte les marches rapidement.
Je pousse la porte. Je suis dehors.
Et je ne suis pas morte. Fiou.

Une tape sur l'épaule. Je me retourne.
C'est le fou. Ben le gars du métro qui me fixait.
Je suis sur mes gardes, regrettant de ne pas avoir de poivre de cayenne dans ma sacoche (de toute façon, elle est tellement gigantesque, il aurait le temps de m'attaquer avant que je le trouve!)
Il me dit, en souriant franchement, sans aucune arrière-pensée, avec un léger accent franco-hispanique «Excuse-moi, je t'ai vu dans le métro. Je suis content que tu sortes à la même station que moi. Tu es trop jolie. Vraiment, tu es mignonne à croquer!»

Je suis restée bouche bée.
Je m'attendais à des atrocités.
Et ce compliment, sincère et senti, me prend par surprise.

Je souris. Je le remercie.
Il court prendre son autobus, sans même me demander mon nom ou me dire le sien.
C'était un commentaire gratuit qui a fait ma journée.
J'ai marché jusque chez moi en souriant aux anges.

0 commentaires:

Enregistrer un commentaire