jeudi 28 avril 2011

Clients normaux (?!)



J'ai des clients weirds (beaucoup, beaucoup, beaucoup. Je serais d'ailleurs curieuse de comparer avec les autres club vidéo, faire un ratio clients weirds/clients normaux. S'il y avait des olympiades, je suis certaines que je gagnerais)

Je fais juste penser à mon gars des poubelles ou au Bakugan Weirdo ou au petit monsieur chinois et déjà, j'atteins des sommets, des records, je dirais même des records mondiaux d'étrangeté.

Mais il ne faut pas oublier que j'ai aussi des clients normaux.
Le genre de client qui entre dans mon vidéo et ont pitié de moi parce que c'est vraiment laid comme place. Ce genre de client qui a hésité plusieurs mois avant de juste entrer dans le vidéo pour voir de quoi ça avait l'air. Le genre de client qui me dit bonjour sans rajouter après «As-tu un peu de change?» ou «Je peux-tu te prendre une cigarette?»

Et je les aime beaucoup (beaucoup, beaucoup, beaucoup) Ils ne font pas de scène, ils n'essayent pas de me passer des crosses (c'est pas un terme que j'aime, mais c'est vraiment le meilleur mot pour décrire les passes que certains clients essayent), ils payent leurs retards (quand ils en ont, parce que généralement, ils ramènent les films à temps) et c'est du monde avec qui je suis vraiment heureuse de jaser.
Je ne suis pas mal à l'aise, je n'ai pas peur qu'ils perdent connaissance sur le plancher ou qu'un dealer de drogue viennent les shooter devant moi.
Non, ils sont normaux. On jase de température, de cinéma, de rush de fin de session.
Et je n'en parle pas souvent de ces gens-là parce que (je pense que c'est une évidence), il n'arrive rient de croustillant quand ils sont là. Ils ne se chicanent pas devant moi (ils font ça à la maison), ils ne parlent pas comme s'ils avaient 2 dents et 2 de quotient et ils n'achètent pas un chien pur race au lieu de fournir des vêtements décents à leurs enfants. Des gens normaux quoi!

Avec eux, je n'ai pas peur d'user de sarcasme (chose que je ne peux pas faire avec tout le monde, parce que c'est pas tout le monde qui comprends ça, le sarcasme. Et expliquer du sarcasme à une femme qui n'a pas fini son secondaire 2, qui fume du pot et bardasse ses 3 enfants,c'est une prémisse à l'échec)
ou de faire des jokes (du genre: «Je voudrais louer ce film-là» et toi tu réponds «Non». Bon, je suis consciente que c'est pas LA blague du siècle, mais ça fait rire les gens. On est de même, nous, les commis vidéo! Et des jokes, on ne peut pas faire ça avec tout le monde, pour la même raison que l'emploi du sarcasme)
ou de faire des commentaires sur les films (avec certains clients, je n'ose pas faire ça. J'ai un coeur et je n'ai pas la force d'apprendre à quelqu'un qu'Adam Sandler n'aura jamais d'Oscar et que sa filmographie est aussi bonne et savoureuse qu'une chanson de Rebecca Black. J'aime mieux le laisser dans sa balloune. Comme je l'ai déjà dit: l'espoir fait vivre)

Bref, je ne parle pas assez souvent de mes clients normaux. Et aujourd'hui, je vous raconte quelque chose de banal, mais peu importe.
Un couple arrive, jeunes et gentils. Ils sont nouveaux, ils s'abonnent (sans me faire la fameuse crise du «j'ai pas ma preuve de résidence mais j'habite pas loin a pis de la marde je vais aller au Vidéotron»).
Ils choisissent leur film, ils arrivent à la caisse. Je vais chercher le DVD.
Le gars fait remarqué à sa blonde que la déco est vraiment superbe (remarquez ici qu'il le fait de façon sarcastique). Je ris.
Sa blonde en rajoute en disant qu'elle voudrait les mêmes planchers pour sa cuisine (le plancher dont les dalles se détachent). Je ris encore plus.
Le gars lui pointe l'affiche de Pocahontas qui triomphe (je ne peux pas employé un autre mot) en haut de la porte du sous-sol (ce sous-sol de l'enfer, on s'en souvient) et dit: «Tu sais que tu es dans un vidéo fiable quand il y a une affiche de Pocahontas sur le mur.»
Je m'en suis mêlée.
«Excusez-moi, mais ce n'est pas une affiche, c'est un laminé. Un laminé de Pocahontas.»

Ils ont eu l'air bête. Puis ils ont ri.
J'ai ri avec eux.
Ils sont partis en me souhaitant bonne fin de journée.
Et voilà, nous sommes liés à vie.

lundi 25 avril 2011

Voter pir toute

Ok, je me permets de mettre un peu le vidéo de côté pour dire quelque chose (que je qualifie d'important, mais là, c'est à vous de juger)

video
Je suis pro-démocratie (évidemment, dire le contraire est plutôt mal vue).
Et si y'a une chose que j'aime (ben pas de là à virer folle avec ça et souhaiter que ça arrive à chaque semaine), c'est accomplir mon devoir de citoyenne. J'aime ça appeler le 911 quand je vois un accident (pas que j'en vois souvent là), j'aime ça me tasser sur l'accotement pour laisser passer un char de police qui poursuit un épais qui roule trop vite (en me disant: «Fiou! Une chance que c'est pas moi...») ,et j'aime ça aussi aller voter.
Et dans une semaine, jour pour jour, c'est le grand jour. Je retourne aux urnes.

Depuis que je suis majeure, je n'en ai pas manqué une seule! Que se soit municipale, provinciale, fédérale, je vote. J'ai même voté pour (ou contre, je me souviens pu trop) les défusions des municipalités (Et Dieu sait qu'à 18-19 ans, ça me laissait plus qu'indifférente. Mais j'ai voté pareil.)

Ma ville natale est une forteresse libéral.
Mon quartier actuel est une forteresse péquiste (ou bloquiste selon qui on doit élire là).
Et dans les deux cas, les gens ont un raisonnement de marde (désolé si c'est le vôtre, mais c'est vraiment de la marde) qui est le suivant: «Ben là, ça sert à rien d'aller voter, c'est toujours les mêmes qui gagnent.»

T'es pas au courant qu'un vote peut faire la différence?
Si je te dis que vous êtes 1267 personnes à vous dire la même chose (donc qui ne vote pas)
Et que y'a juste 74 personnes qui votent (tous pour le même parti)...sers-toi de ta logique pour me répondre: est-ce que tu penses que ton vote (et celui de tes amis) peut faire la différence? Je pense que oui!

J'ai jasé politique avec un client du vidéo (et je suis loin d'être un as en la matière...et si je peux me permettre, lui non plus!)
Et lui, il ne va pas voter parce que ça ne l'intéresse pas, la politique.
Je comprends. Tu vois, moi la technologie, ça ne m'intéresse pas. Je trouve ça plate et compliqué et dans mes centres d'intérêts, je te dirais que ça se retrouve au 89e rang, Juste après «apprendre à parler latin».
Mais je me sers quand même d'un ordinateur et j'ai des connaissances de base en la matière, parce que de nos jours, c'est essentiel.

Prends 3 secondes (ok, mettons plus réalistiquement parlant, prends 30 minutes) pour t'informer sur les différents partis, ce qu'ils appuient, ce qu'ils n'appuient pas. Juste les grandes lignes. Tu choisis celui qui correspond le plus à tes valeurs personnelles. (Je ne veux pas savoir c'est lequel. Je ne suis pas ici pour te dire de voter pour un ou l'autre. NON! C'est ça la beauté de la chose, je veux juste que tu votes). Ensuite, le 2 mai, tu prends une marche (ou tu prends ton char selon si tu es paresseux...), tu vas faire un X sur un bout de papier (ce X représente ta voix, ton choix, ton opinion) et tu rentres chez toi.
Compliqué? Non, du tout!
Anonyme? Oui.
Beauté de la chose? On est dans un pays où tu ne te feras pas tuer si tu votes. Enweille, profites-en!

Et là, je pourrais vous faire des résumés rapides de chaque partis.
Mais non, parce que j'ai mon opinion sur chacun et que je ne veux qu'elle vous influence (je suis pas en train de dire que mon opinion est tellement hot qu'elle pourrait influencer le monde entier...j'essaye plutôt de dire que je ne pourrais pas être objective. Nuance)

Bref! Tout ça pour dire que le 2 mai, va voter.
Ça me ferait vraiment plaisir.

jeudi 21 avril 2011

Se coucher moins niaiseux

Je suis une personne pro-connaissances. (Dire le contraire serait franchement étrange)
Dans le sens que j'aime apprendre, que se soit via des documentaires, des livres, le journal, des cours, des amis.
J'aime partager mes connaissances personnelles (mais pas de façon snob et péteux de broue, de façon simple et intéressante)
J'aime avoir une opinion et la partager. Mais pour avoir des opinions (fondées et pertinentes, entendons-nous. Tout le monde a des opinions, mais dans «tout le monde», y'en a beaucoup qui ne mérite pas le droit de parole), il faut avoir un minimum de connaissances.

J'aime faire des tests de connaissances générales (juste pour le fun) ou répondre à des jeux questionnaires (pas dans le genre de «La Guerre des Clans», plus dans le genre du «Tournoi des maîtres». Bon, est-ce que je suis la seule qui a le référent pour cette émission vieille d'environ 5 ans qui jouait à Télé-Québec? Oui? Ben vous avez manqué de quoi!) sur n'importe quel sujet.

J'aime apprendre et lire et me renseigner quand je ne suis pas familière avec un terme. (Je ne dis pas que je suis plus intelligente que les autres. Souvent j'apprends de quoi ET je l'oublie dans la semaine qui suit mais tout de même, je me donne un point pour l'effort).
J'aime particulièrement l'histoire (pas les histoires de gars saouls ou de «drame» de fille du secondaire, mais l'Histoire, avec un grand H.) Notre passé me fascine. J'aime aussi les reportages alarmants (et démoralisant) sur notre pauvre planète, j'aime les émissions (et les revues) que font le National Geographic (ça joue aussi à Télé-Québec. Désolé de mes référents, mais j'ai pas le câble!), j'aime les interviews des Francs-Tireurs (Télé-Québec, encore. Je vous jure que je ne travaille pas pour eux) et l'émission Découverte (Ooooooh! Je vous déstabilise avec une référence de Radio-Canada!)

J'aime aussi les émissions sur les animaux (surtout quand ils sont cutes), je tolère celle sur l'espace, j'apprécie les enquêtes policières, je ne trippe pas sur ce qui touche l'économie et l'argent (quand t'en as pas vraiment, pourquoi est-ce que ça t'intéresserait?) et tout ce qui est opération à coeur ouvert ou accouchement ou organes internes qu'on est pas supposé voir, c'est non. (À moins qu'on ne voit pas les images)

Mais j'aime aussi apprendre des choses qui ne servent à...ben...à rien. L'encyclopédie du Savoir Relatif et Absolu en est un bon exemple. Un ramassis de connaissances louches dont tu es certain (à100%) que tu ne pourras jamais plugguer dans une conversation. Les faits inutiles que nous partage @Cestunfait sur Twitter me rassasient aussi.

Et là, je sais que vous vous demandez «Mais pourquoi elle nous partage tout ça? C'est quoi le lien avec son vidéo?»
J'y arrive.
Dernièrement, j'ai appris LA chose, LA connaissance la plus weird, la plus inutile, la plus inusité, la plus étrange et (par le fait même) la plus vraie...
Et je la partage avec vous, aujourd'hui même: «Saviez-vous que les prostituées «travaillent» seulement sur le côté nord de la rue?» Je vous confirme que c'est très, très très vrai! (dans mon coin en tout cas).

WôW! On va se coucher moins niaiseux ce soir...et avouez: vous avez hâte de croiser une pute pour voir si c'est vrai, hein?

lundi 18 avril 2011

Moi pis ma face pis les pieds

Je ne suis pas parfaite. Loin de là.
Mais au vidéo, j'ai fait une erreur de débutante. Une erreur d'amateur.
Les filles, vous allez sans doute vous reconnaître dans mon erreur. Les gars, peut-être aussi, mais je ne vous garanti rien.
C'est tellement une erreur vedge, comme si je n'avais jamais été une fille avant.

J'ai mis des nouveaux souliers pour travailler 10 heures d'affilés.
En fait, c'est pas des souliers, c'est plus des petits bottillons, mais rigides.
Tsé le genre de truc que tu essayes et tu sais qu'ils vont te faire mal aux pieds, mais tu les aimes tellement que tu te conviants que «je vais les porter 2-3 fois et après ils vont prendre la forme de mon pied et ils vont être SUPER confortables». (Et est-ce que ce moment de SUPER confort arrive un jour? Non, jamais.)

Bref, j'étais toute énervée de mettre mes nouveaux bottillons super mignons et ultra-tendances. Je ne pouvais plus attendre. Et même si je redoutais un peu le mal de pied, je me suis dit: «Je passe beaucoup de temps assise, ça va pas être si pire que ça»
Erreur de débutante numéro un.
J'habite à 3 rues du vidéo. 3 rues de trop. En débarrant la porte du commerce, j'avais déjà les pieds en sang. (Façon de parler bien sûr, je ne suis pas si toff que ça. Mettons que j'aurais pu dire: j'avais déjà un bébé ampoule sur la petite orteil.)

J'essaye de faire ma dure et de garder mes charmantes petites bottes tellement mignonnes, mais y'a toujours ben des limites à souffrir pour être belle (déjà que c'est pas vraiment une phrase que je trouve winner, j'allais pas l'appliquer certain...surtout que mon vidéo est pas si beau que ça. Clairement, mes pieds sont trop hot pour lui en ce moment)

Et voici mon argument massue pour me convaincre de libérer mes pauvres petits pieds opprimés: je travaille derrière un comptoir. Personne ne voit mes pieds. (Si je reste debout devant la caisse, mais ça, c'est un détail)
VENDU!
J'enlève mes petits bottillons en regardant sous la semelle (pour voir si ça paraissait que je les avais porté. Je ne suis pas stupide, si ça paraît pas, je vais aller les reporter. Ou les échanger pour cette sacoche qui me trotte dans la tête...et elle au moins, elle ne martyrisera pas mes pieds!)

Donc, j'enlève mes bottillons, heureuse qu'ils ne soient pas des sandales. Parce que si c'était le cas, ça veut dire que j'aurais été NU-PIEDS. Et même si je saignais et que je n'avais plus d'orteils et que mon pied était rattaché après ma cheville par un seul tendon, j'endurerais la douleur plutôt que de me mettre nu-pied au vidéo. (Désolée pour les images dégoûtantes, mais c'est vrai, le plancher, même propre, est franchement dégoûtant!)
Heureusement pour moi (et pour mes pieds qui crient «Liberté!!!»), je porte des bas. Des bas dépareillés, mais des bas pareil.

Et je recommence à respirer et je suis heureuse et de bonne humeur comme si je partais à Cuba maintenant!
Les clients se suivent (pas à un rythme effréné, mais quand même), je jase, j'aide, je conseille, je fais ma job comme une pro. On en oublie même que je suis en pied de bas.

Arrive un monsieur que je ne connais pas vraiment et qui ne me donne pas le goût de rire. En fait, c'est le genre de monsieur qui me met mal à l'aise. Il arrive avec sa femme et son fils. On jase un peu. Sa femme quitte pour aller «m'acheter des cigarettes au coin pis checker les numéros de la loto. (À moi) Si on gagne, je t'achète un club vidéo rien qu'à toé!» (et elle sort en riant) (Tsé quand les gens savent bien investir et dépenser leur argent? Bref...)

Le monsieur me sourit et se dirige vers la section adulte. Je sais que j'ai la paix pour au moins 15 minutes.
Je continue à lire. Mais j'aime pas ça l'entendre tousser ou déplacer les pochettes de films. J'ai des images pas propres dans ma tête et je ne suis pas payé pour que ça m'arrive. Je mets un film. N'importe quoi, c'est pas grave, et c'est surtout pas important.

Après un certain temps, il vient payer ses films. Je jase un peu, il me parle.
Il est pas méchant, mais son regard de «t'es une pièce de viande plus fraiche que ma femme» ne me plaît pas beaucoup.
J'accélère le processus.
Je prends son film (et par le fait même je m'éloigne de la caisse. Mes pieds sont à découvert). Il murmure quelque chose.
Je lui demande: «M'avez-vous parlé?»
Erreur de débutante numéro 2. (je partage mon expérience: il faut toujours ignoré et ne pas demandé de répéter lorsque quelqu'un murmure quelque chose dans votre dos. Même s'il est seul et que vous pensez qu'il vous parle.)

Il répète, plus fort et plus dévorant dans son regard:«T'as tellement des beaux pieds là»
Sourire de malaise. Un objectif dans ma tête: finir cette transaction pour qu'il PARTE.
Je rentre son film dans l'ordi. Young Teens and Foot Fetish. Double sourire de malaise. (je dirais même que le sourire avait pris le bord pour laisser toute la place au malaise)

Première question qui me vient en tête: est-ce qu'il a une érection en ce moment?
Deuxième question qui me vient en tête: où sont mes foutus bottillons que je me couvre un peu!

Je ne peux pas voir s'il a une érection, mon comptoir est trop haut. Et c'est parfait ainsi.
Je lui tends son film. Il me fixe un peu trop longtemps pour que je sois à l'aise...(non mais, je fais quoi moi s'il se garoche sur mes pieds et qu'il se met à les sentir et pire encore?!) Et juste comme j'allais paniquer, la porte du vidéo s'ouvre à la volée.
Sa femme crie: «Enweille tabarnak! L'esti d'arabe avait pas les numéros, on va aller chez tchintoc. Pis donnes-moi de l'argent, j'ai le goût d' un cornet.»
J'ai jamais été aussi contente de voir une personne pas de classe. Jamais.

Il est parti. J'ai remis mes bottillons.
Et le lendemain matin, ils étaient dans un centre de don.
Ils feront le bonheur (ou le malheur) de quelqu'un d'autre, mais pas moi!

mercredi 13 avril 2011

Un bateau en or

Je suis naïve, je l'ai déjà dit.
Et j'aime aider les gens (quand je suis de bonne humeur mettons).
Je suis aussi commis de club vidéo, mais ça, ça fait longtemps que c'est établi.

Je suis tranquillement au travail, en train de rêvasser aux nouvelles couleurs de vernis à ongle en vogue cette saison, lorsqu'une cliente (que je ne connais pas) arrive.
Elle a l'air un peu étrange, mais je n'arrive à la mettre dans une catégorie en particulier (folle, saoûle, normale mais qui a une mauvaise journée, etc.). Au lieu de regarder les films, comme pas mal tous les clients font dans un club vidéo, elle vient directement me voir et commence à me jaser ça.

Elle me parle de tout et de rien et comme j'ai rien à faire, je l'écoute. Mais je sens qu'il y a anguille sous roche. Elle veut aborder un sujet, elle veut me demander quelque chose mais elle ne sait pas comment. (Seigneur, j'espère que ça ne va pas être un truc weird du genre utiliser mon téléphone pour prendre un rendez-vous dans une clinique d'avortement).

J'avais vu juste, elle avait quelque chose à me demander. Et sans plus tarder, elle plonge dans le sujet:
«Ok, je veux te demander de quoi là, je vais arrêter de tourner autour du pot. Je suis vraiment gênée de te demander ça, je ne te connais pas, tu ne me connais pas plus...mais pourrais-tu me passer 20 piasses? Je suis vraiment, vraiment, vraiment mal prise.»

Hum...si elle était venue une journée où je ne suis pas de bonne humeur, je l'aurais coupé à «20 piasses» et je lui aurais tout simplement dit «Non Ginette, astheure loue un film ou vas-t'en»
Mais aujourd'hui, je suis de bonne humeur. J'ai le goût d'aider mon prochain et (je devais sans doute être un héros de roman dans une autre vie mais...) une femme en détresse, ça me touche. Je la laisse continuer à parler.

«Écoute, ma fille est hospitalisée à Rivière-Des-Prairies, elle est partie en ambulance cette nuit et je suis partie tellement vite de chez nous tu comprends, dans l'énervement, j'ai oublié ma sacoche et mon porte-feuille avec. Et là il faut que je mette du gaz dans mon truck. Mon chum est au travail, pis moi j'arrive de Lavaltrie. Je connais personne à Montréal. »

Sa fille est malade! Pauvre femme! J'ai la fibre maternelle très développée et, même si je n'ai pas d'enfants personnellement, je me sens touchée, concernée par son histoire. Je la laisse continuer, en me demandant combien j'ai d'argent cash sur moi.

«J'ai fait le tour, mais tout le monde est tellement méfiant ici. Pis je ne suis pas game d'aller en face, c'est toute des gars qui sont là pis tsé, une fille toute seule, j'ai pas le goût de me faire écoeuré ou même pire! Pis je comprends que t'as pas beaucoup d'argent pis que tu travailles sans doute au salaire minimum. Je comprends ça, je ne veux surtout pas te faire perdre ta job! Je suis coiffeuse, fak je le sais qu'il faut travailler fort dans la vie. Mais regarde, je te ferais des mèches gratuites même si tu veux, j'ai vraiment besoin d'aide.»

Et plus elle parle, plus ses yeux se remplissent de larmes (qui ne coulent pas, mais qui sont là quand même!), plus elle semble agitée, désespérée. Son histoire me touche (même si je trouve qu'elle charrie un peu en sous-entendant qu'elle pourrait se faire violer si elle allait au Banco. Mais je mets ça sur le dos de «elle vient pas de la ville»), mais j'hésite encore. Je n'ai pas (assez) d'argent cash sur moi et je suis réticente à en donner de ma caisse. Elle continue à parler.

«Je veux juste aller voir ma fille à l'hôpital. Mon chum va venir me rejoindre en début de soirée, on va repasser pour te rembourser aujourd'hui même. Regarde si tu veux, je peux même te laisser ma bague de mariage pour te prouver que je vais revenir. (Larmes)»

J'ai passé proche d'être (encore une fois) une bonne samaritaine. Parce que son histoire venait me chercher et et parce que j'avais envie de briser la chaîne de méfiance qui plane sur Montréal. J'avais envie de donner au suivant, et que ça me revienne, un jour ou l'autre, puissance mille.
Parce que je souffre de compassion. Je me mets toujours du côté des plus faible, je me mets toujours dans leur peau. Et si moi ça m'arrivait hein? J'aimerais ça que quelqu'un m'aide, même si je ne le connais pas!

Et dans le but de me mettre le plus possible dans sa peau, avant d'ouvrir ma caisse, je la regarde.

Premièrement, elle n'a pas de sacoche. Ce qui valide son point de «je suis partie vite», mais elle n'a pas de clés non plus, ce qui ne valide pas son point de «je conduis un truck». D'ailleurs, je ne l'ai pas vu arriver en truck, mais à pied.

Pis me semble que...je ne suis pas géographe dans la vie et mon sens de l'orientation est plutôt, comment dire, inexistant, mais si on part de Lavaltrie pour se rendre à Rivière-Des-Prairies...comment tu fais pour te ramasser dans mon quartier louche de l'est de Montréal (sans le nommer bien sûr)?
Et si ta fille est partie en ambulance la nuit dernière, pourquoi tu n'es pas monté dans l'ambulance avec elle?!?!
Pis ta bague de mariage-là, t'es au courant que ça se porte dans l'annuaire gauche (et non l'index) et que c'est pas supposé laisser des traces vertes sur ton doigt?

Elle a aussi un sac en plastique dans les mains (je n'y avais pas porté attention jusque là). Un sac de dépanneur à travers lequel on peut voir une liqueur un sac de Doritos et une sandwich. Hum...si t'as pas une cenne et que tu dois aller voir ta fille à l'hôpital...il me semble que le 10 piasses que tu as dans les poches tu vas le dépenser pour du gaz et non pour du junk, non?
Mais en même temps, je ne sais pas, je ne suis pas mère!

Heureusement pour moi, ma tête a finalement (il était temps) allumée et a fait «Whoooooo! Non, pas une cenne pour cette fille-là, elle est en train de te monter un bateau. Un bateau en or et en diamants avec des voiles de cachemire, mais pareil, NON». Et elle est partie en pleurant et en me faisant sentir mal.

Plus tard cette journée-là, mon boss a appelé et je lui ai raconté le tout.
Il me dit: «Tu es plus brillante que moi. Je lui ai donné son 20 piasses et elle est jamais revenue me le porter. Elle habite dans le coin. Et je peux pas appeler la police. Elle ne m'a pas volé, elle m'a convaincue. Au pire, c'est moi qu'ils vont arrêter pour être aussi cave.»

Ça c'est rassurant. Je suis plus brillante que mon boss.

vendredi 8 avril 2011

Moi pis ma face pis le Printemps!!

YÉ!
Il recommence à faire beau!

Pour vrai cette fois-ci, pas juste un petit beau agace (comme on a eu dernièrement. Il fait beau, tu aimes ça et le lendemain BOOM!Il fait moins mille et ton moral qui était si haut la veille se lance en bas d'un building parce qu'il n'en peut plus du froid.)

Et, mes chers amis, quand il fat beau, qu'est-ce que ça veut dire? (Bon je sais que c'est une question ouverte et que ça peut vouloir dire pleins de choses, selon qui vous êtes et ce que vous faites dans la vie et quelles sont vos passions. Mais mettons que vous êtes dans ma peau, on fait un petit jeu de rôle ici, qu'est-ce que ça veut dire?)

C'EST LE TEMPS DE METTRE DES GOUGOUNES!!
Et qui dit gougounes dit pu de bas.
Qui dit pu de bas dit orteils à l'air.
Qui dit orteils à l'air dit faut les chickser.
Qui dit chicker ses orteils dit mettre du vernis dessus!

Yeah! Je vais ENFIN pouvoir recommencer à me mettre du vernis sur les orteils!
Enfin le temps va passer plus vite quand je regarde un mauvais film.
Enfin, l'odeur de renfermé va être remplacé par la douce odeur du vernis à ongles.
Enfin mes orteils seront mignons. Yé!

Mais il ne faut pas que je m'emballe tout de suite.
Ce n'est pas dans les prochaines semaines que je vais pouvoir sortir en gougounes.
Premièrement, il fait encore un peu froid pour sortir nu-pied.

Deuxièmement, raison majeure, les trottoirs n'ont pas encore été nettoyés. Et tant qu'ils ne l'auront pas été, hors de question de mettre des gougounes. Parce que les trottoirs sont franchement dégueulasse. Il y a du caca de chien, des condoms (neufs et usagés), des mouchoirs, des bouteilles de bière (entière ou cassée), du crachat et autres déchets quelconque et dégoûtant. Alors aucune chance que je me promène en gougounes et que ces cochonneries touchent ma peau nue.

Alors je sais que c'est pas pour tout de suite mon rêve de gougoune et de vernis à ongle au travail, mais je sais aussi que c'est pour (relativement) bientôt.
J'ai tellement hâte! Tellement, tellement, tellement hâte!
Pour moi, le printemps sent le vernis à ongle et c'est tout simplement magique!

mercredi 6 avril 2011

Un bébé de plus

Je n'en reviens pas!
Je les ai vu, de mes propres yeux et je n'exagère rien!
J'avoue que ça faisait un boutte que je ne les avais pas croisé, mais pareil!
Ils sont juste trop productif.

Je m'explique, le plus fidèlement et franchement possible.
Il y a un couple (en particulier) qui est client à mon vidéo.
Ils ne sont pas méchants, ils ne sont juste pas choyé par la vie (si je peux m'exprimer ainsi)

Lui: Pas très grand, plutôt trapu, carré, large d'épaule, beef (prenez le mot qui vous convient). Les yeux vides laissent deviner un cerveau qui fonctionne au ralenti. En fait, quand je le vois, je pense à un bulldog. Il a la mâchoire inférieure plus avancée que la mâchoire supérieure. (Faites-le, là là, physiquement, vous allez tout de suite avoir l'image) En une phrase: il pourrait casser la gueule à n'importe qui, sans vraiment comprendre ce qui se passe. Il ne me parle jamais, il ne me regarde pas non plus. Mais quand il parle, il faut remplacer les virgules par des sacres.La grande classe quoi!

Elle: Plus grande que lui, mais molle. Pas molle dans le sens de «elle est grosse et molle», non, molle dans le sens de «elle n'a pas de caractère ni de personnalité». Ça m'étonnerait qu'elle s'affirme dans un débat (si elle sait c'est quoi). Elle a les cheveux courts, les yeux grands, naïfs et cernés et une bouche qui fait la baboune naturellement. Je me demande si elle a déjà ri. Elle a les dents pointues et sales. Elle porte des jeans sans forme et les chandails de laine de son homme. Elle me jase tout le temps, sans jamais me regarder dans les yeux et en faisant des petits rires de malaise après chacune de ses phrases.

Ils ne sont pas méchants. Je trouve même qu'ils font pitié.
Mais en même temps, ils se sont trouvé, ils s'aiment et ça pourrait s'arrêter là.
Non. La partie qui me scandalise. La partie où je (commence) à juger sévèrement, c'est quand je vois leurs enfants.
Oui, j'ai mis un S.
Quand j'ai commencé à travailler au vidéo, ils en avaient seulement un.

Un petit gars de 4 ans (qui avait l'air d'en avoir 2), avec des vêtements sales (pas de la saleté de «c'est normal mon enfant a joué dans le carré de sable». Non. De la saleté de «je fais pas de lavage, je bois ma bière»), des dents manquantes (pas des dents de bébé qui sont tombées, des dents de bébé qui sont noires et pourries. Oui, ça se peut) et un problème de diction (bon, je ressors mon background de prof du primaire, mais quand un enfant n'est pas assez stimulé à la maison, il développe un problème de langage qui fait qu'il ne prononce pas les mots correctement ou encore qu'il n'articule pas. En résumé mettons).

Et j'ai pu rencontrer ce petit garçon pendant qu'il attendait avec moi que son père choisisse un film de porn pendant que sa mère me disait qu'elle aimerait ça travailler dans un club vidéo mais qu'elle n'était sans doute pas assez qualifié (Soupirs)

Aujourd'hui, par un tour de magie incroyable, ils ont leur premier fil (celui que je viens de décrire), une petite fille, un bébé naissant et un autre bébé en chemin.
Les gens riches ont 1 enfant, parfois 2, rarement 3.
Les gens pauvres ont des enfants, souvent 3, souvent plus.

Mon seul espoir (ne riez pas, je sais que c'est un mince espoir), c'est que ce couple, que tous les couples du genre apprennent de leurs erreurs et que rendu au quatrième bébé, ils soient des parents parfaits.
Je sais, c'est un mince espoir, mais il paraît que l'espoir fait vivre alors...

samedi 2 avril 2011

Moi pis ma face pis ta face

Je vois beaucoup de clients.
Ok, pas tant que ça. Mettons que je vois pas mal de clients.
Ok, j'exagère encore un peu. Mettons que je vois plusieurs clients dans une même journée (sans préciser «plusieurs» égal à combien)
J'en vois des normaux (très peu), des banals (ou banaux? je sais pas trop), des pas très propres, des pas de classe, des show off, des wannabe big shot, des yo, des pauvres, des sales, des weirds, des bruyants, des obscurs et j'en passe.

Et c'est correct. Ça ne me dérange pas. Je ne juge personne (Ok, c'est complètement faux, je juge tout le monde.) Ou plutôt, personne ne me dérange (Ok, encore une fois, c'est complètement faux, il y en a beaucoup qui me dérange. Surtout quand ils puent). En fait, je devrais plutôt dire: je vois plein de monde différent et, même si je les juge, je...Bon, je sais pas comment finir cette phrase. Je vais tout simplement enchaîner.

Il recommence à faire beau (ENFIN!). Ça veut dire qu'on va arrêter de devoir travailler avec nos manteaux d'hiver à l'intérieur et qu'on va pouvoir couper le chauffage (qui fonctionne à moitié et qui donne des migraines).
Ça veut aussi dire que les clients en camisole (et en chest) vont refaire leur apparition. Ça ne devrait pas trop tarder.

Pour une raison que j'ignore, dans mon quartier, être en t-shirt/camisole/chest quand il fait encore froid (Et par froid j'entend «légèrement en haut de zéro») est un moyen d'être cool et respecté par les membres du clan (Quel clan? J'en ai aucune idée! Tout ce que je sais, c'est que te promener de même, quand tout le monde autour est encore en manteau de printemps, ça te donne le droit d'être le Mâle Alpha. Pourquoi tu voudrais être le Mâle Alpha? Je le sais-tu moi!? Je ne suis pas rendu-là dans mon étude de société)

Et, contrairement à ce que vous pourriez penser, j'aime ça quand les gars commencent à être en chest/camisole. Pas parce que je trouve ça hot. Pas parce qu'ils sont vraiment beaux et que ça me fait fantasmer (en fait dans la plupart des cas, ça m'écoeure).
Non, j'aime ça pour une raison bien plus simple que ça: je peux voir leurs tatous. Et ça, c'est une source inépuisable de mauvais goût (et de plaisir pour les yeux par la même occasion). J'en raffole.

Mais dernièrement, je me suis fait devancé par un client.
Je viens d'ouvrir le vidéo. J'ai hâte parce qu'il fait beau et que je vais sans doute voir des gars en chest/camisole.
Il entre. Je le regarde rapidement et continue mes trucs. Il porte une casquette un coton ouaté et un coupe vent.
Pas de tatous-plaisir à l'horizon.
Il choisit un film. Il vient me le payer. Et je fige.

TATOUS-PLAISIR DANS LA FACE.
DANS LA FACE.

J'ai vécu un moment de pur bonheur.
Il devait penser que je le flirtais. Je le fixais avec un sourire niais, les yeux heureux.
Dans sa face, partant de son front, frôlant l'oreille et descendant jusqu'au menton, un magnifique tatou de lézard.
Mais sans détails. C'était plutôt une ombre de lézard, un contour de lézard, une tache de naissance en forme de lézard.
Mais bien rempli de noir. Quelle drôle d'idée.

Il part.
Mais il reste dans ma tête. Son tatou me dit quelque chose. Je cherche où je l'ai déjà vu.
Je sais. Je sais. JE SAIS!
C'est le même tatou de lézard que Sandra de Watatatow avait dans le cou!

C'est la plus belle preuve d'amour que j'ai jamais vu.
Le plus bel hommage (ou acte de fanatisme) au monde.
Ou le geste le plus stupide qui soit. (Personnellement, c'est pour lui que je vote)