J'ai des clients weirds (beaucoup, beaucoup, beaucoup. Je serais d'ailleurs curieuse de comparer avec les autres club vidéo, faire un ratio clients weirds/clients normaux. S'il y avait des olympiades, je suis certaines que je gagnerais)
Je fais juste penser à mon gars des poubelles ou au Bakugan Weirdo ou au petit monsieur chinois et déjà, j'atteins des sommets, des records, je dirais même des records mondiaux d'étrangeté.
Mais il ne faut pas oublier que j'ai aussi des clients normaux.
Le genre de client qui entre dans mon vidéo et ont pitié de moi parce que c'est vraiment laid comme place. Ce genre de client qui a hésité plusieurs mois avant de juste entrer dans le vidéo pour voir de quoi ça avait l'air. Le genre de client qui me dit bonjour sans rajouter après «As-tu un peu de change?» ou «Je peux-tu te prendre une cigarette?»
Et je les aime beaucoup (beaucoup, beaucoup, beaucoup) Ils ne font pas de scène, ils n'essayent pas de me passer des crosses (c'est pas un terme que j'aime, mais c'est vraiment le meilleur mot pour décrire les passes que certains clients essayent), ils payent leurs retards (quand ils en ont, parce que généralement, ils ramènent les films à temps) et c'est du monde avec qui je suis vraiment heureuse de jaser.
Je ne suis pas mal à l'aise, je n'ai pas peur qu'ils perdent connaissance sur le plancher ou qu'un dealer de drogue viennent les shooter devant moi.
Non, ils sont normaux. On jase de température, de cinéma, de rush de fin de session.
Et je n'en parle pas souvent de ces gens-là parce que (je pense que c'est une évidence), il n'arrive rient de croustillant quand ils sont là. Ils ne se chicanent pas devant moi (ils font ça à la maison), ils ne parlent pas comme s'ils avaient 2 dents et 2 de quotient et ils n'achètent pas un chien pur race au lieu de fournir des vêtements décents à leurs enfants. Des gens normaux quoi!
Avec eux, je n'ai pas peur d'user de sarcasme (chose que je ne peux pas faire avec tout le monde, parce que c'est pas tout le monde qui comprends ça, le sarcasme. Et expliquer du sarcasme à une femme qui n'a pas fini son secondaire 2, qui fume du pot et bardasse ses 3 enfants,c'est une prémisse à l'échec)
ou de faire des jokes (du genre: «Je voudrais louer ce film-là» et toi tu réponds «Non». Bon, je suis consciente que c'est pas LA blague du siècle, mais ça fait rire les gens. On est de même, nous, les commis vidéo! Et des jokes, on ne peut pas faire ça avec tout le monde, pour la même raison que l'emploi du sarcasme)
ou de faire des commentaires sur les films (avec certains clients, je n'ose pas faire ça. J'ai un coeur et je n'ai pas la force d'apprendre à quelqu'un qu'Adam Sandler n'aura jamais d'Oscar et que sa filmographie est aussi bonne et savoureuse qu'une chanson de Rebecca Black. J'aime mieux le laisser dans sa balloune. Comme je l'ai déjà dit: l'espoir fait vivre)
Bref, je ne parle pas assez souvent de mes clients normaux. Et aujourd'hui, je vous raconte quelque chose de banal, mais peu importe.
Un couple arrive, jeunes et gentils. Ils sont nouveaux, ils s'abonnent (sans me faire la fameuse crise du «j'ai pas ma preuve de résidence mais j'habite pas loin a pis de la marde je vais aller au Vidéotron»).
Ils choisissent leur film, ils arrivent à la caisse. Je vais chercher le DVD.
Le gars fait remarqué à sa blonde que la déco est vraiment superbe (remarquez ici qu'il le fait de façon sarcastique). Je ris.
Sa blonde en rajoute en disant qu'elle voudrait les mêmes planchers pour sa cuisine (le plancher dont les dalles se détachent). Je ris encore plus.
Le gars lui pointe l'affiche de Pocahontas qui triomphe (je ne peux pas employé un autre mot) en haut de la porte du sous-sol (ce sous-sol de l'enfer, on s'en souvient) et dit: «Tu sais que tu es dans un vidéo fiable quand il y a une affiche de Pocahontas sur le mur.»
Je m'en suis mêlée.
«Excusez-moi, mais ce n'est pas une affiche, c'est un laminé. Un laminé de Pocahontas.»
Ils ont eu l'air bête. Puis ils ont ri.
J'ai ri avec eux.
Ils sont partis en me souhaitant bonne fin de journée.
Et voilà, nous sommes liés à vie.