Loulou et Lili

Pour une raison tout à fait inexpliqué, j'ai récemment repensé à Loulou et Lili.
Pour les 99,7% d'entre vous qui n'ont pas le référent, Loulou et Lili étaient les brigadières de mon école primaire.

Lili, une petite madame chubby qui nous faisait traverser les rues Oregon et Napoléon (la rime n'est pas voulu, c'est vraiment ça les noms de rues, c'est pas de ma faute, c'est la faute à Brossard) n'avait pas la réputation d'être sympathique. Ou souriante. Ou gentille. Ou motivée. Elle nous criait toujours de nous dépêcher. Et de débarquer de nos vélos. Et de mettre notre tuque. Elle était vraiment désagréable. Elle n'avait pas la vocation brigadière.
Ma théorie, c'est qu'elle devait avoir une retraite dorée grâce à son mari mais qu'il a eu une crise de la soixantaine et il l'a divorcé pour marier une femme de 40 ans plus jeune que lui. Alors Lili n'a pas eu le choix de retourner au travail, pleine de rage et de rancoeur, en nous faisant traverser la rue en se disant «En ce moment, je pourrais être dans les Caraïbes avec une bande de joyeux retraités plutôt que d'avoir les pieds dans la slush, un arrêt dans les mains et une marée d'enfants que j'haïs tous également.»
Mais c'est juste ma théorie. Je suis peut-être dans le tort, j'avais 7 ans à l'époque.
Comble de malheur, Lili était MA brigadière.
Même quand j'essayais de me faufiler pour aller voir Loulou, Lili me spottait et me criait «Traverse ici!!!» Comme si elle était payé au nombre d'enfant qu'elle faisait traverser...

Loulou, c'était le rêve de tout le monde. Le fantasme de tout enfant qui a besoin d'une brigadière. Grande, mince, rieuse, gentille. Elle savait nos noms (ben pas le mien, mais ceux des autres). Elle faisait traverser les rues Oregon et Noisy et tout ceux entraient dans la cour d'école en passant par là souriait. Elle était nice Loulou. Elle sentait le parfum de matante qui fait éternuer, à notre fête, elle se mettait du rouge à lèvre et nous donnait un gros bec sur la joue (ben pas moi, mais les autres), elle prenait des nouvelles de nos journées, de nos notes, de nos familles.
Elle était née pour être brigadière. Elle l'avait naturellement. Elle était gracieuse en levant son «Arrêt» et elle portait le dossard orange comme personne d'autre. Elle était toujours là, elle n'a jamais manqué une seule journée de travail pendant mes 7 ans de primaire (attention ici, je n'ai pas redoublé d'année, mais je compte la maternelle, alors ça fait 7 ans! Je voulais juste le préciser...)
Je la regardais au loin, faire traverser les enfants dans la joie, tandis que moi j'étais sous l'autorité de Lili, qui se mettait beaucoup trop de crayon bleu autour des yeux en passant.

Bref, pour une raison qui m'échappe, j'ai repensé à ces dames, qui ont occupé une place importante pendant quelques années de ma vie. Et je me demande où elles sont rendues. Elles doivent avoir au moins 102 ans maintenant (ok, peut-être pas, mais quand on est petit, tout les adultes sont tellement vieux!)
J'espère qu'elles vont bien.
J'aimerais savoir ce que fait Loulou, si son odeur me ferait encore sourire et éternuer.
Pour ce qui est de Lili, j'espère sincèrement qu'elle s'est fait bai... mais ça, c'est l'enfant de 7 ans en moi qui parle!

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