Trois grands en larmes

Hier, c’était la dernière journée des classes.

Hier, j’étais pognée dans le trafic sur De Lorimier, vers 15 heures. Un solide trafic.
Je ne pouvais même pas prendre des petites rues pour faire un détour et me faire croire que je gagnais du temps. TOUT ÉTAIT JAMMÉ.

J’avance à pas de tortue. Je suis devant une école primaire.
Au coin de la rue, je vois un attroupement d’enfants et quelques adultes.

Dans ce groupe, il y a 3 grands. Un gars et deux filles.
Et ils pleurent à chaudes larmes en serrant une adulte dans leurs bras.

Trois grands, souvent too cool for school, qui ont dû en faire baver à leur prof par moment. Trois grands pré-ado, qui commencent à changer, à vieillir, à mûrir, à quitter l’enfance.
Trois grands qui veulent être traité en adulte, qui veulent imiter les grands.
Trois grands qui ne sont plus des enfants et qui se sont battus toute l’année pour le faire réaliser.

Trois grands.
Trois grands qui viennent de finir le primaire. Qui quitte leur école, peut-être aussi quelques amis, qui, après avoir été les plus vieux et les plus cool devront tout reconstruire à zéro dans une autre école. Doublement plus grande, doublement plus intimidante, jusqu’à ce qu’ils deviennent les grands de cette école-là.

Trois grands qui vont redevenir petits.
Trois grands qui tournent une page de leur vie.
Et qui le réalisent là, sur le coin d’une rue, entre une brigadière et un banc de parc.

Ils pleurent à chaudes larmes et serrent dans leurs bras leur professeur.
Leur dernier port d’attache à l’enfance.
La prof qui les a sans doute fait baver pendant l’année, qu’ils ont peut-être même détesté par moment mais qui les a tout de même marqué. Une prof qu’ils ont côtoyé, qu’ils ont aimé, à qui ils se sont confiés. Une prof qui a fait partie de leur vie, qui a été un pilier, un point central de leur univers, de septembre à juin.

Tellement qu’ils pleurent de devoir se séparer d’elle.

Et elle aussi, elle est émue. Elle fait des câlins à répétition et donne des mots d’encouragement et de réconfort.
Elle finit par se détacher du noyau. Elle quitte et dès qu’elle est dos, elle essuie discrètement une larme.

Les trois grands restent encore sur leur coin de trottoir, n’osant pas se séparer, n’osant pas finir ce dernier moment.

Dans ma voiture, je les regardais.
J’étais émue, même si je ne connais personne dans cette histoire.
J’ai été le témoin privilégié de ce moment doux et déchirant et tellement important.

Et j’aimerais en profiter pour remercier les profs.
Qui font une job extraordinaire, à tous les jours. Qui donnent de leur temps, qui s’impliquent, qui s’intéressent aux jeunes.

Ça doit ne pas être toujours facile, mais sachez que vous êtes importants.
Vous faites une différence.

Merci infiniment.

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