La joie du 25 cennes


J’ai réalisé récemment que mon fils ne connaitra jamais la joie et la fierté d’être en charge du 25 cennes.

Vous savez de quoi je parle?
Plus jeune, quand je partais magasiner avec ma sœur ou avec mes amies, que ma mère nous déposait au Mail Champlain en disant «Appelez-moi quand vous aurez fini!» et qu’elle nous donnait UN 25 cennes.
Quand j’étais en charge de ce fameux 25 cennes…je me sentais importante.

J’étais fière mais aussi un peu anxieuse. Il ne fallait surtout pas que je le perde, sinon quand et comment allions-nous quitter le Mail Champlain?
Il faudrait faire la ronde humiliante, dans l’ère de restauration, et aller quémander un 25 cennes à des inconnus qui hésiteraient avant de nous le donner parce que tsé, on est jeune. Peut-être qu’on veut faire un appel mais peut-être aussi qu’on veut acheter de la drogue. Ou pire que ça : faire un appel à un dealer de drogue.

Quand j’étais en charge du 25 cennes, je regardais toujours si je l’avais dans mes poches. Ça devenait un tic. Aux 5 secondes. Comme si entre le Ardène et la Bonbonnière, il allait sauter de mon pantalon et aller rouler sous un banc, inatteignable.
Comme si en marchant, il allait se faufiler, vers le haut, et juste partir.

Quand je mettais la main dans ma poche, je paniquais parce qu’une fois sur deux, je pensais l’avoir perdu. Je ne le sentais pas au bout de mes doigts. La panique montait, mon cœur battait plus vite et soudain, je le sentais.
Ouf. Une catastrophe d’évité.

Comment j’allais expliquer à mes amies qu’on ne pourrait pas rentrer à la maison?

Bref, être en charge du 25 cennes, ça été ma première responsabilité.
Mon premier pas vers l’âge adulte.

Après ça, les temps ont encore changé et je n’avais plus besoin des lifts de ma mère.
Je pouvais prendre le bus toute seule.
Ou mieux encore : la voiture.

Reste qu’être en charge du 25 cennes, ça me rendait excessivement fière.
Et mon fils ne connaitra jamais ça.

Ni les clubs vidéo.

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